lundi 13 août 2007

Antonin Artaud :homenaje al poeta total !

Sur le suicide

Avant de me suicider je demande qu'on m'assure de l'être,je voudrais être sûr de la mort.La vie ne m'apparaît que comme un consentement à la lisibilité apparente des choses et à leur liaison dans l'esprit.Je ne me sens plus comme le carrefour irréductible des choses,la mort qui guérit,guérit en nous disjoignant de la nature,mais si je ne suis plus qu'un déduit de douleurs où les choses ne passent pas?
Si je me tue,ce ne sera pas pour me détruire,mais me reconstituer,le suicide ne sera pour moi qu'un moyen de me reconquérir violemment,de faire brutalement irruption dans mon être,de devancer l'avance incertaine de Dieu.
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Car la vie elle-même n'est pas une solution,la vie n'a aucune espèce d'existence choisie,consentie,déterminée.Elle n'est qu'une série d'appétits et de forces adverses, de petites contradictions qui aboutissent ou avortent suivant les circonstances d'un hasard odieux.Le mal est déposé inégalement dans chaque homme,comme le génie,comme la folie.Le bien,comme le mal,sont le produit des circonstances et d'un levain plus ou moins agissant.
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Je sens la mort sur moi comme un torrent,comme le bondissement instantané d'une foudre dont je n'imagine pas la capacité.Je sens la mort chargée de délices,de dédales tourbillonnants.Où est là dedans la pensée de mon être?
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Même pour arriver à l'état de suicide,il me faut attendre le retour de mon moi,il me faut le libre jeu de toutes les articulations de mon être.Dieu m'a placé dans le désespoir comme dans une constellation d'impasses dont le rayonnement aboutit à moi.Je ne puis ni mourir,ni vivre,ni ne pas désirer mourir ou de vivre.Et tous les hommes sont comme moi.
Antonin Artaud.

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